La gingivite de grossesse est une inflammation des gencives déclenchée par les variations hormonales. Elle apparaît souvent dès le deuxième mois et se manifeste par des gencives rouges, gonflées et qui saignent au brossage. Elle est réversible.
À retenir
- Apparition : dès le deuxième mois, même avec une hygiène bucco-dentaire correcte.
- Fréquence : 42 % des femmes signalent un problème gingival pendant leur grossesse.
- Soins : anesthésie locale et radiographies sont sûres à tous les stades.
- Droit : un examen bucco-dentaire est offert dès le 4e mois de grossesse.
Un détartrage et un suivi dans un cabinet dentaire proche d’Osny suffisent le plus souvent.
Pourquoi les gencives s’enflamment-elles pendant la grossesse ?
La grossesse modifie l’équilibre de la bouche sur trois plans simultanés : hormonal, bactériologique et immunologique. La gencive réagit alors beaucoup plus fort à une quantité de plaque dentaire identique.
Gingivite gravidique : inflammation réversible de la gencive liée aux modifications hormonales de la grossesse, sans perte du support osseux de la dent.
Selon le Cabinet Dentaire Bontemps, les maladies des gencives désignent les infections bactériennes du parodonte, allant de la gingivite réversible à la parodontite destructrice, cette dernière constituant l’une des principales causes de perte dentaire chez l’adulte.
Situer la gingivite gravidique sur ce continuum est essentiel pour la patiente. Elle se trouve à l’extrémité réversible de l’échelle. Non traitée et prolongée, elle peut néanmoins glisser vers la parodontite, qui elle détruit l’os de façon définitive.
L’élévation des œstrogènes et de la progestérone augmente la perméabilité des vaisseaux gingivaux. La gencive devient plus vascularisée, plus fragile et plus prompte à saigner. Le travail de recherche consacré à la santé bucco-dentaire pendant la grossesse, publié par l’Université de Lorraine, souligne un point contre-intuitif : la gingivite gravidique peut aussi apparaître chez une femme ayant une hygiène bucco-dentaire correcte, et s’observe dès le deuxième mois.
Cette précision compte pour le dialogue avec la patiente. Beaucoup de femmes interprètent le saignement comme une faute d’hygiène et brossent moins fort, ce qui aggrave l’inflammation.
Deux facteurs mécaniques s’ajoutent souvent. Les vomissements du premier trimestre exposent l’émail et les gencives à l’acidité gastrique. Le grignotage sucré, fréquent en cas de nausées, entretient la plaque bactérienne entre les repas.
Comment reconnaître une gingivite gravidique ?
Les signes sont locaux, visibles et apparaissent progressivement. Ils concernent surtout la gencive située au collet des dents.
- Rougeur et aspect violacé de la gencive, qui perd son rose pâle habituel.
- Gonflement du bord gingival, avec des papilles entre les dents qui paraissent bombées.
- Saignement au brossage, souvent le premier signe remarqué. Il survient au moindre contact.
- Sensibilité accrue, notamment au froid et au passage du fil dentaire.
- Mauvaise haleine persistante, liée à l’inflammation et à l’accumulation de plaque.
Un repère distingue la gingivite d’une atteinte plus profonde. Dans la gingivite, la dent ne bouge pas et ne s’allonge pas. Si une dent devient mobile ou si la gencive se rétracte durablement, l’atteinte dépasse le stade gingival et demande un bilan parodontal.
L’apparition d’un nodule gingival isolé, rouge et saignant facilement, mérite également un avis. Ces formations restent bénignes mais doivent être identifiées correctement plutôt que surveillées à l’aveugle.
Ce que révèle l’étude MaterniDent sur le recours aux soins
Les chiffres français montrent un décalage net entre la fréquence des problèmes et le recours effectif au dentiste.
L’étude MaterniDent, publiée en 2013 dans la revue Santé Publique par J.-N. Vergnes et son équipe, est une enquête transversale multicentrique menée auprès de 904 femmes en suites de couches dans trois maternités françaises, par auto-questionnaires. Les résultats sont parlants.
57 % des femmes déclarent avoir ressenti au moins un problème bucco-dentaire pendant leur grossesse. Les troubles gingivaux arrivent en tête avec 42 %, devant la douleur dentaire à 20 %. Autrement dit, plus de deux femmes enceintes sur cinq constatent un problème de gencive.
Le second chiffre est celui qui interpelle le plus en consultation prénatale : 56 % des femmes n’ont consulté aucun dentiste pendant leur grossesse. Les raisons invoquées sont d’abord la perception d’un problème bénin, citée par 67 % d’entre elles, loin devant la peur du dentiste à 5 %.
Les auteurs identifient par ailleurs des facteurs significativement liés à la douleur dentaire : la multiparité, les vomissements, la consommation de soda et l’augmentation de la consommation de sucres pendant la grossesse.
Les repères de suivi présentés ici correspondent à la pratique du Cabinet Dentaire Bontemps, établi au 57 avenue du Bontemps à Cergy, dans le Val-d’Oise. L’équipe pluridisciplinaire y suit les patientes de Cergy-Pontoise et des communes voisines, à 35 minutes de Paris par le RER A. Le cabinet reçoit les femmes enceintes pour l’examen de prévention pris en charge, avec un détartrage adapté et un contrôle en fin de grossesse quand l’inflammation persiste.
Quels sont les risques pour la grossesse ?
Les maladies parodontales de la grossesse sont associées à plusieurs complications obstétricales. La nuance sur ce qu’apporte le traitement mérite d’être posée clairement.
- Prématurité : l’association entre atteinte parodontale et accouchement prématuré est documentée dans la littérature.
- Faible poids de naissance : même constat d’association dans les travaux publiés sur le sujet.
- Pré-éclampsie : citée parmi les complications associées à une mauvaise santé parodontale.
- Aggravation des lésions carieuses : la grossesse favorise l’apparition et l’aggravation des caries.
La revue publiée en 2019 dans La Presse Médicale par G. Doucède et son équipe apporte une précision importante. Les soins parodontaux pendant la grossesse ne se traduisent pas par une diminution démontrée des naissances prématurées ou de la pré-éclampsie. L’association observée n’implique donc pas qu’un traitement tardif corrige le risque.
La conséquence pratique est de déplacer l’effort vers l’amont. Une bouche saine avant la conception et un suivi dès le premier trimestre valent mieux qu’un rattrapage au huitième mois. Les auteurs relèvent aussi un manque de connaissance du sujet chez les professionnels de santé comme chez les patientes.
Peut-on soigner ses dents enceinte ?
Oui, et c’est le point sur lequel les patientes sont le plus souvent mal informées. La revue de 2019 est explicite : tous les actes dentaires, y compris l’anesthésie locale et les radiographies, sont considérés comme sûrs à tous les stades de la grossesse.
Cette réponse mérite d’être donnée spontanément en consultation. Dans MaterniDent, les deux tiers des femmes qui n’ont pas consulté jugeaient leur problème bénin. Une partie de ce renoncement tient à la crainte, largement répandue, qu’un soin dentaire soit dangereux pour le fœtus.
En pratique, le deuxième trimestre reste la fenêtre la plus confortable. Les nausées du premier trimestre ont diminué, et la position allongée prolongée du troisième trimestre n’est pas encore gênante. Il s’agit d’un choix de confort, pas d’une contre-indication.
Le traitement de la gingivite elle-même est simple. Un détartrage retire la plaque et le tartre qui entretiennent l’inflammation. Un brossage doux avec une brosse souple, un dentifrice fluoré et un nettoyage interdentaire quotidien complètent la prise en charge. Après un vomissement, mieux vaut rincer la bouche à l’eau et attendre avant de brosser, pour ne pas frotter un émail momentanément fragilisé.
Comment profiter de l’examen bucco-dentaire offert ?
L’Assurance Maladie prend en charge un examen de prévention bucco-dentaire spécifique à la maternité, accessible du 4e mois de grossesse jusqu’au 6e mois après l’accouchement. Depuis le 1er avril 2025, il est couvert à 60 % par l’assurance maladie obligatoire et à 40 % par la complémentaire, avec tiers payant sur les deux parts. Sans complémentaire en cours de validité, la prise en charge est de 100 %.
| Examen de prévention bucco-dentaire | Code | Tarif |
| Examen simple | BDA | 40 € |
| Examen avec 1 ou 2 radiographies intrabuccales | BDB | 52 € |
| Examen avec 3 ou 4 radiographies intrabuccales | BDD | 64 € |
| Examen avec radiographie panoramique | BDP | 64 € |
| Supplément handicap sévère | BDH | 23 € |
La démarche tient en quatre étapes.
- Déclarez votre grossesse à votre caisse d’Assurance Maladie. C’est ce qui déclenche l’envoi du courrier d’invitation et de l’imprimé de prise en charge.
- Prenez rendez-vous chez un chirurgien-dentiste à partir du quatrième mois, avec l’imprimé et votre carte Vitale.
- Vérifiez ce qui est inclus : l’examen simple comme la version avec panoramique sont couverts par le dispositif, sans avance de frais.
- Programmez le suivi si un détartrage ou un soin est nécessaire. L’examen est un point de départ, pas une fin en soi.
Une gingivite de grossesse n’est ni une fatalité ni un signe de négligence. C’est une réaction physiologique amplifiée, réversible, que le suivi dentaire prend en charge sans risque pour la grossesse. Le vrai problème reste le renoncement aux soins, majoritaire dans les données françaises, alors que l’examen est gratuit et l’accès organisé.
Sources
- Santé bucco-dentaire perçue et recours aux soins pendant la grossesse : étude MaterniDent, J.-N. Vergnes, D. Pastor-Harper, D. Constantin, C. Bedos, M. Kaminski, C. Nabet, M. Sixou, Santé Publique, 2013, vol. 25, n° 3, p. 281-292
- Dents et grossesse, un enjeu de santé publique, G. Doucède et coll., La Presse Médicale, octobre 2019, vol. 48, n° 10, p. 1043-1050
- Santé bucco-dentaire : grossesse et prévention, Université de Lorraine, archive ouverte HAL
- L’examen bucco-dentaire à destination des femmes durant leur maternité, Assurance Maladie (ameli.fr)
- Femme enceinte : prise en charge à 100 % (Assurance maladie), Service-public.fr